Planches Contacts 04 | Hiver 2016

Le temps, inexorablement, érode le vernis rutilant de nos univers industriels. Une métamorphose oppressante des espaces de production est amorcée et face à l'évidence de cette altération, l'âme de nos industries chancelle. Nos fiertés de béton, nos vanités anémiées, vacillent jusqu'à céder à la résignation. 

Dans ce tourbillon fiévreux, où nos difficultés d'adaptation se mesurent à l'aune des changements en cours, des regards d'une sensibilité sociale éprouvée ont toute légitimité pour exprimer une vision personnelle et originale du monde. Les photographes, entre autres, appartiennent à cette lignée de sentinelles qui s'interrogent sur l'envers du décor, les coulisses de nos devenirs. 

Les veilleurs photographes sont des raconteurs de mondes. Ils explorent les interstices oubliés de nos sociétés et décrivent avec lucidité des contextes industriels tourmentés, des restructurations physiques, des abandons, une obsolescence souvent teintée de démission. 

Le silence de leurs images, parfois, rappelle la fonction documentaire du médium utilisé. Pour autant, au coeur de l'oeuvre figurative, le discours factuel ne délaisse pas la dimension artistique. Alors, leurs photographies, fortes d'une élégance âpre, éloignent notre lecture de la simple histoire didactique. Elles accompagnent les cadences étiolées des univers manufacturiers, chantent le chaos des arbres mécaniques, révèlent les couleurs normées et disent la mélancolie des fins de cycles. En cela, les veilleurs photographes alimentent d'inclinations humanistes nos regards endormis. Ils sont les guetteurs attentifs de nos lointains.

Pierre Lucas

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